BLACK OUT DE NUITS SANS RÊVES

souvenirs sur presque rien - un blog fait par un mec qui aime pas les blogs. Ah ben bravo.

vendredi 3 juillet 2009

Casse toi tu prends trop de place

Mon lit ne sera jamais assez grand pour deux personnes. Un humain dégage trop de chaleur, un humain a la bougeotte, un humain ronfle, parle, bave en dormant, un humain ne manque pas de tourner en ridicule votre pyjama douillet, un foutu humain pète 11 fois en une nuit, gratuitement, et allez savoir quelles conséquences ça peut avoir sur vos rêveries - pour ma part je ne parierais pas sur de l'inspiration lyrique. A supporter tout ces désagréments, qu'est-ce que vous récoltez ? au mieux, un appât maison de chair et de sang pour occuper les moustiques, ce qui est, je l'admet, très rigolo, faire diversion en offrant un corps nu à ces saloperies de vampires vaudrait presque une nuit d'inconfort, à condition que les piqûres se comptent en dizaines, pas moins.

L'autre problème persistant, c'est l'auto-censure qu'impose la présence du gêneur : ne plus bouger, ne plus gémir, s'arrêter de respirer bruyamment et se contenter de sa position initiale, même si elle vous bousille le bras, même si vous avez envie de chourer un coussin pour sauver un peu votre ersatz de confort ou étouffer l'importun. Pas vraiment les conditions idéales pour sombrer dans les bras de Morphée, qui ne s'est jamais révélée aussi attirante, la vache. Du coup on se retrouve à tester ces rituels à la con sensé précipiter le sommeil, genre le décompte des moutons, bééh bééh. Cette invention du genre humain devrait témoigner devant tous de la connerie de notre espèce : quel est l'abruti qui va s'endormir en donnant dans l'activité neuronale ? ce cliché c'est du sadisme parental savamment distillé. Essayer sérieusement de dormir en vous concentrant sur du réel, et à part constater que vous êtes une sombre merde vous allez surtout vous emmerder formidablement. Et si en plus vous vous figurez cinq secondes que votre voisin fais la même chose, vous risquez de ne jamais vous en remettre. Ce que la présence d'un foutu humain vous rappelle continuellement, c'est la position que vous occupez, par rapport à lui d'abord, à toute l'espèce ensuite, puis au lit bien sûr. Ce qui décuple l'envie de fuir et donc de dormir, tout en vous refilant assez d'adrénaline pour suer un peu plus et rester éveillé.

La solution dans ce cas, c'est bien sûr d'être complètement défoncé, ou bourré. Mais même, ce n'est pas si simple. Après des joints, vous avez chaud, vous transpirez, de légers vertiges vous donnent un air rubicond ou abruti selon votre chance innée, et derrière l'apparente douceur de vos sensations généreusement anesthésié, votre cerveau semble déborder, vos sensations s'excitent, vous sentez battre votre cœur rageusement et entendez votre respiration. Le calme ne suffit plus, l'intérêt se recroqueville sur l'imagination, vous déliez vos délires sur la toile de fond flouté de votre taux de THC... vos veines palpitent, vos tempes battent une nouvelle mesure, vous voyez un âne mâcher des étoiles dans la poche d'un Roi... vous en oubliez de dormir. A partir de là, mieux vaut ne pas oublier que le dormeur d'à coté n'en a probablement rien à foutre de vos visions ridicules. En revanche, si vous êtes penché sur la bouteille, la chance peut vous sourire. Vous pouvez presque être sur que vous allez oublier votre acolyte (en espérant que ce ne soit pas sous du vomi).

On passe un tiers de sa vie à roupiller poing fermés, à brasser du vent en forme de rêve, dessins animés mal-écrits qu'on comprendra jamais comme il faut, et à fuir une journée avec soulagement et sûreté en sachant parfaitement qu'une autre suivra juste derrière. Et le lit se pose là, rectangle au moelleux délectable, espace rassurant où se calfeutrer, exil infiniment renouvelable soirs après soirs, le siège central de notre vie que l'on scrute l'air de rien à travers le noir envahissant des stores baissés, refaisant toujours en sens inverse, par la technique contre factuelle, le sens de nos actions, quelque part entre les onze pets que le sommeil ne retiendra pas longtemps et la quête infinie de la position idéale, cette putain de panacée. Et après, vous trouverez des moralisateurs affamés de slogans accrocheurs pour vous demander avec insistance et postillons de prendre position ! si vous vous coltinez une insomnie, on ne vous en voudra pas de fumer l'enquiquineur. "Prend position ! -Mais je fais que ça !" Et c'est sûrement là que t'en viendras à la conclusion que son cerveau ne s'est jamais réveillé, vraisemblablement.

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samedi 27 juin 2009

vidange de cerveau

C'était la nuit noire sur la plaine quand ils sont arrivés, toute une troupe, venu du fin fond des horizons, le regard grave et la conscience lourde, une nana chantait à tue-tête à l'arrière d'un pick-up pendant que son vieux briscard de mari renchérissait avec des "LA FERME CONNASSE". La troupe était à peine posée dans le patelin que des jumeaux bizarre ont commencés un numéro de jonglage avec des tronçonneuses enflammées et les vieux couples barbus faisaient "pas mal pas mal" et les vaches "meuh". Il venait de pleuvoir, la terre mouillée exhalait un parfum insidieux qui semblait avoir macéré pendant des années et n'avoir retenu que les regrets, ça s'évaporait comme ça sous les gens dans des nuages invisibles comme le plus beau phénomène naturel envisageable mais c'est les clowns pas-tristes qui détenaient l'attention des riverains et autres artisans va-nu-pieds. La place centrale du village contenait tant bien que mal tant d'agitation, et de ce terreau rebutant d'humanité condensé émergea un vaste chapiteau poétiquement jaune et rouge, couleur de hot-dog et de passion, on riait dans les chaumières après le fromage et les bedaines semblaient s'animer autour du nombril en des rictus sincères de dédain, les regards hébétés de vin se louvoyaient dans la citronnelle qui s'illustrait ce soir-là par un génocide consciencieux d'existences parasite. Le petit Michel regardait son visage décomposé par la laideur congénitale dans les reflets avantageux d'un vieux miroir oublié, pendant que des gamins du cirque se tenaient les côtes dans l'ombre, hilare devant un visage si disgracieux.

La route se crispait sous le flot intenable de voitures s'orientant vers les festivités. La tente du cirque ne cessait d'enfler devant l'opulence du peuple et le gaz des rots accumulés. Le programme était alléchant, la soirée s'ouvrant sur un concours de moustache entre les différents conducteurs de tracteurs de la région, la victoire échouant à la femme du maire malgré les protestations vigoureuses des spectateurs avinés. On jouait de la guitare dehors, sous l'odeur des gauloises et des pantalons trop serrés. L'hystérie général faisait croire à un soir de match de foot, ça gueulait pareil. Les limaces s'extirpaient des terres cultivées pour dresser leurs antennes sur l'agitation ambiante : Jeannot écrasa son mégot sur la plus dodue, qui se désagrégea avec un arôme de béchamel en un pus jaunâtre à peine noirci par la teinte ocre des intestins, qu'on devinait sous la courbe molle du jus. La police surveillait la jeunesse du coin au carrefour le plus reculé du patelin, mais à part une pie un peu trop audacieuse qui vidait les poubelles, rien d'illégal ne se fomentait, pas même un incendie. Vers minuit, la pluie s'imposa doucement, superposant au brouhaha festif le rythme des gouttes sur la toile, crépitement obsédant comme une femme coupée en deux, deux fois. Sous les tribunes, les gamins regardaient la déchance prendre forme entre deux mollets rose et moite. Trois clowns se dispersaient dans la salle pour divertir un maximum de gens, le moins inspiré leur tirant simplement la langue, ce qui énervait le patron du chenil local qui voulait oublier son boulot ailleurs que dans l'apéro. Un des gamins les plus idiot quitta la jupe froissée de sa maman pour aller pincer le cul d'une des danseuses, qui fit claquer son fouet comme pour répandre avec fracas la stupeur de l'évènement. Les moustiques vomissaient du sang et mourrait piteusement au centre de l'arène, loin de toute compassion. La femme du maire pleurait sous un chêne en fixant des flaques d'eau. Elle préférait les soirées foot.

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mardi 3 mars 2009

Exhibe, excite, puis existe

Malade un mardi après-midi, comme si la bonne humeur était un chat noir pendu à un arbre. Du soleil pâle, une chambre sinistre où se calfeutrer, intime avec sa fièvre, et ne penser à rien, où ce qui s'en rapproche le plus.  Un rien filtré par les premiers scintillements d'un printemps qui bourgeonne, les enfants qui gueulent en bas dans la cour, la musique psychédélique qui frissonne des enceintes mais n'apporte pas grand-chose en termes de nouvelles couleurs. Voilà ce que c'est, l'humeur insipide, incolore, informe, infini, pour une formule presque poétique. Quand la réalité n'allume plus de feux d'artifices sur son ardoise opaque, ou de feux follets sur ses tombes, il reste le feu de joie mal-nommé, qu'on voudrait foutre partout, histoire de. Mais le feu est matière trop tangible, trop incontrôlable, on ne purge pas son chaos intérieur par un autre plus global, futur contingent sur lequel il vaut mieux ne pas parier.

La maladie reste une expérience charmante aux atouts largement exploitables avec un peu de chance. La fièvre gratifie souvent de rêves particulièrement gratinés, le genre de visions absurdes qui dépasse l'imagination la plus baroque possible. Un mirage de plus, mais à l'absence de perspectives tellement certain qu'il en devient presque acceptable. Enfin bref, j'étais écroulé sur mon lit, tremblant de chaleur, en nage et irrité de maux à la tête et au ventre, et puis j'ai reconnu un quartier familier, une personne familière, un cadre réconfortant en somme, il faisait nuit et bon. Le rêve a commencé à filer du mauvais coton quand la lune, en pleine mydriase, s'est avérée aussi gigantesque que, disons trois lunes, me fixant d'un air mauvais du haut de ses cratères proéminents, et ainsi défigurée, cru bon de me rendre mon effroi en ouvrant la gueule et en se moquant de moi. (Je fais des longues phrases parce que je sais que ceux qui lisent des bouffonnades surannées adorent ça, les prenant pour des garants de leur intelligence supérieure. Toi qui t'offusques de cette parenthèse, figures toi que l'auteur t'emmerde.) C'est pas tous les jours que l'astre millénaires numéro 1 des terriens décide d'invectiver un pauvre rebut du genre humain, et je commençais à me sentir très triste et affligé jusqu'à ce qu'un hurluberlu en berline allemande ne décide de s'exploser sur un cul-de-sac pour mon seul bonheur. Des jeunes gens en noir et blanc tout droit sortis de Mai 68 m'expliquait les Situationnistes et je leur causais de Guy Debord, puis j'ai du me réveiller.

J'ai rabâché ce petit cadeau de la nuit quelques minutes puis j'ai décidé que ce rêve n'en méritait pas tant et je suis parti faire ma toilette du matin. Que faire de ma journée ? La brosse à dents n'en avait aucune idée. "Frrshhhhh" qu'elle disait, chaque jour, et aucune de mes journées n'a jamais ressemblé à "Frrshhhhh". Il y a du dramatique dans la longue série d'ustensiles que la vie civile nous a confiée comme indispensables. Prenez le rasoir. Ce misérable petit rongeur électrique vous bouffe la fourrure de votre teint cireux pendant des années, sans jamais varier son style. Il n'y a rien de plus désespérant qu'une trousse de toilette en vérité ; on dirait le personnel d'une entreprise, vouée au succès de votre éclat physique. Des fariboles. Me voici lavé, purgé des marques de déclin habituelles ; tout ça pour revenir m'étaler sur mon lit, la conscience épanouie, heureuse d'être noble et radieuse même dans l'inactivité la plus aboutie.

Je regardais percer vers la fenêtre le monde, si vaste, si inutilement vaste qu'il en devient honteux de tant d'audace géographique inutile, et je dessinais une grande vague, azurée, bariolée d'écume, une lame aquatique qui viendrait déverser sur les affres des métropoles de l'eau salée et quelques calmars improbables. Il y aurait le grand cachalot aussi, sa longue étendue de peau cicatriciel, son air pataud et inoffensif couvert de ses rêves, puisqu'on dit qu'il passe son temps dans un demi-sommeil, on le verrait répandre ses tonnes en trop sur les petits corps faibles et graciles des enfants jouant au football. On découvrirait obligatoirement de nouveaux avatars sous-marin, puisque la science et les pêcheurs acharnés n'ont jamais rapportés que 10% de la faune aquatique à la culture humaine. Peut-être alors que la Terre deviendrait la Mer, une vraie planète bleue et que l'on ressortirait lavés, nous les maudits hommes, les poumons soigneusement éclatés, rependant les viscères du vice aux poissons agiles qui nous aurait dominé. Nos cités deviendraient les repaires de nouvelles formes d'intelligence. L'eau, source de vie, inonderait les foies malades des paumés peu habitués aux liquides non-alcoolisés, toute impureté serait drainée sauvagement et oubliée dans les nouvelles profondeurs.

Et je regarde la fenêtre, calmement, me demandant très sérieusement pourquoi je n'ai d'imagination que pour les déluges, les caprices désastreux de la lune ou les mésaventures de jeunes drogués au cerveau désespérément vide. Je devrais peut-être passer le mot de passe de ce blog à un cachalot, qui sait.

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vendredi 16 janvier 2009

Soupirs en ellipse

Et si tu te retrouvais acculé à la lisière du doute,
muré dans l'impasse d'une avenue sans limites,
que celles de son trouble absolue,
qui déforme le regard, vacille les convictions.
Comme ce babouin qui hurle ton nom derrière toi,
ce nom qui résonne entre les parois grises,
n'évoquant que regrets flous,
angoisses floues,
bienveillance timide
- la certitude rassurante d'un trouble absolue finalement -
et colporte jusqu'au plus grand vide de ton anatomie la sensation tenace
de former une coquille vide
où l'écho bat ostensiblement, sans autres variations qu'un sourd atténuement,
jusqu'à l'extinction.

Au périmètre d'une pensée commune se trouve les arêtes tranchantes de l'inconnu existentiel,
jamais dissipé qu'au premier abord,
celui qu'on dépasse tous
comme lorsque l'on fuit celui qui nous appelle
et que le nom retentit,
et se bute aux angles
se répercutent aux parois
et ne rencontre jamais rien d'autre
que sa consonance creuse.

La peur du vide n'est qu'une projection de son propre vide
qui rêvet l'altitude réfrigérante des hauts sommets terrestres
reproduisant la froideur bien plus menaçante d'une objectivité.

Chacun de tes pas appuie la même dalle, qu'on a reproduite
un milliard de fois, nano-représentation de l'infini supposé humain,
le trouble du nombre,
le grand destructeur d'identité.

C'est à ce moment qu'il faut comprendre que ton nom
n'a pas de légitimité propre,
il n'est que le résultat d'un tri,
comme ton attitude,
comme tes vêtements,
comme ce sac que tu laisses négligemment pendu à ton épaule,
simples variantes à une invariable nudité
celle de la chair rosie, boursouflée par le froid,
ankylosée devant la distance.

Quel que soit ton besoin de la culture il faudra que tu comprennes qu'il n'y a pas d'interdépendance
entre ce que tu construis et ce qui t'as échoué
au tamis d'une multiplicité d'ectoplasmes tu récoltes les perles rares
et quelques cailloux
triant à nouveau ce que l'on te laisse,
gardant une part substantielle et détaillée
de ton propre petit bout d'histoire,
évanouie dans ta bouche comme elle l'est dans toutes les autres;
Cracher ne changerait rien, le tapis du monde en est déjà
inondé.
Récolter son identité ne se fera jamais seul,
il reste toujours
quelques cordons ombilicales
à sectionner.

Son ventre nourri du vide, de la pitance présumée vitale, au vide avéré,
il reste au coureur la possibilité d'arrêter sa course,
revenir sur ses pas,
répondre au crieur,
seul,
vraiment seul,
avec toutes les brebis grises du monde,
s'éloigner de la faille
et rallier le centre
le chérir,
dans un sourire ouvert surmonté de deux yeux
simplement

clos.

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dimanche 21 décembre 2008

Rêves sans nuits

Kyushu retient son souffle, et avec elle, un pays insulaire intégral. L'horizon suggère une frondaison d'étoiles en bouquets ardents. Le reflux inique de torrents de lave océaniques forment un tsunami rougeoyant, à l'écume bulbeuse et noire. L'abdomen de la Terre gémit, et un séisme fait vriller l'Asie entière, annihilant 47 appareils étatiques en une éphémère salve de syncopes. Le terrain est préparé, la menstruation magmatique convertit par une propagande intensive de rejets incendiaires les habitants en cendres. Les libertés témoignent de leur émoi : "L'Asie était toujours un marché à conquérir. Ainsi soit-il, Dieu les aura eu avant nous dans sa splendide miséricorde. Cela dit, nous gageons pouvoir bâtir un nouveau Pompéï de ces restes funestes, cela bien entendu, pour la mémoire des victimes et la culture des citoyens encore respirant".

Eimrich rechigne à rentrer chez lui. Le sycomore étend sur lui son ombre de feuillage, tamisant doucement la chaleur soutenue de cet été méditerranéen. Le flanc de la montagne, en amont, fait naître dans l'esprit du vagabond un sentiment diffus de nostalgie ; nostalgie pour quoi, pour qui ? Todd le chien suit ses pas jusqu'à l'annonce d'une cavité souterraine obscènement béante. Un refuge oubliée des contemporains du jour. Le périple mène les deux compagnons à une source d'eau minérale extrêmement chaude (82°C au thermomètre de l'adolescent.) Le chien découvre l'insipidité du calcaire à force de lapements curieux. Les "ouaf ouaf" ne les rendront pas plus comestibles. Creusant l'écart, le garçon explore les recoins infinis du silence, caresse le froid imperturbable de la pierre. Il empoigne une stalagmite, teste le piquant de son extrémité (une angoisse timide bat à ses tempes.) Images confuses d'une Auvergne aux richesses naturelles surexploitées, et de cavernes insupportablement remaniées. Retours frénétiques d'un diaporama illimité de visages crispés de touristes anonymes, lunettes noires, chemises ronflantes, sueur fétide, dents jaunes ; accents étrangers véhiculant le même mépris confortable des Ailleurs. Enfance aux creux d'un arbre. La montagne comme gnomon d'un cadran solaire hors-norme. L'ombre insidieuse, qui ne fuit jamais. Les rechignages d'un chiot, les morales du père omnipotent, le viol des mots, les renseignements ostentatoires, la pollution du genre humain.
Dame de pique insémine l'as de cœur ; "scène sanglante dans les montagnes allemandes. Suicide ou meurtre ? On soupçonne un individu canin du drame"

Orages insoutenables lacérant de stries aveuglantes le ciel Mexicain. La météo fait danser les républiques bananières du continent sud-américain par décharges sporadiques. Boléro et rumba sur toutes les peaux halées d'un angle du monde. Ouverture sensationnelle d'un dance-floor géant au pied du futur cataclysme. "On dansérra l'Apocalypse !" affirme un notable local. "Lé gens veulent expérrimenter dé sensationes fortes, hé. I voient les rremous du cielleee. Yé suis la pourr leurr dirre : tiu peux le fairre ! 1500 pesos la demie-heure".

La Syrie en débâcle se lance dans un assaut désespéré de la "salope israélite", après de brillants succès militaires en Égypte. Fort du soutien Turque, les civilisations arabes entendent bien recouvrir leurs terres. Succès mystifiant du wahhabisme ; sursauts antisémites jusqu'en Autriche ;  ; bombes atomiques en nuées sur les émaciés grotesques et barbus ; la "menace sioniste" enterre dans le feu et les radiations ses ennemis éternels. Pogroms importants en guise de réponse ; on brandit des drapeaux swastikasé en Inde ; le président français, natif de Jérusalem "a d'autres chats à fouetter".

Alexandra, transgenre glamour, suçote le lobe de Marc, homosexuel refoulé Marxiste, qui survole timidement de ses doigts fins la croupe de sa conquête. Il tressaillit quand une main s'attarde sur l'empreinte bossu de son sexe en érection. La chaleur est étouffante. Le passage des lèvres grossies artificiellement d'Alexandra sous ses pectoraux, puis autour de ses tétons ne font que l'amplifier. Il/elle descend sa bouche jusqu'à la ceinture de Marc ; adroitement, ses dents saisissent la boucle de ceinture dorée, et libère petit à petit la pression sur le pénis crispé. Comme une nausée, son propriétaire ressent une envie fugitive de pleurer. La culpabilité est noyée aussitôt dans la salive d'Alexandra. Et Marc succombe à l'orgasme, après cinq minutes tiraillées entre calvaire et extase. Dehors, l'aurore est noire. L'ambiance, atroce et implacable : des rebelles appellent à l'anarchie, exacerbent la lutte des classes, brûlent, détruisent, hurlent. Le plexiglas des défenseurs de l'ordre s'emploient à les corriger de leurs doutes trop vite allumés, de leurs craintes illégitimes. Le ballon géant d'un publicitaire de renom propage le dicton du jour, comme il est coutume depuis l'avènement du nouveau dictateur Chilien : "L'ARGENT DISSIPE LE MALHEUR TOUT COMME LE TRAVAIL ENDURCIT LA JOIE". Marc et son sexe pleurent en silence ; un sniper dissident vient de pénétrer une partie d'anatomie jadis inexploré chez Alexandra, qui n'en demandait pas tant.

Mes yeux sont noirs et blanc. Vidé de toute couleur. La vérité n'a pas d'odeur, ni de son, ni même de saveur. C'est une surface plane qui prend bien la couleur. On la ternit selon son bon vouloir. On la parfume, on la maquille, on l'invente. Les cartes et les définitions ne sont pas de la vérité. Mais tout est vérité. Il faut juste rendre à son regard son incolore originaire.

Bobby "naughty Bill entame son discours inaugural (d'un musée décrété sans avenir, voué à cultiver les souvenirs des différents régimes politiques alternatifs à la démocratie) : "Dans un monde de faux-semblants démocratiques, l'aliénation commence par la cataracte des valeurs vitales." Incompréhension et hilarité dans les rangs benêts de badauds égarés. Jets de canettes de bière à 1$ et 50 cents. Huées. Rires. La tension culmine vers un summum historique à New York quand Bobby s'empare d'une AK-47, vestige destiné au musée, et décide d'aérer les bidons oisifs des américains ignares. L'inculcation de valeurs alternatives ne prend pas beaucoup ; un commando de SAS rétablit la vérité par un bombardement expéditif. "Une mission civique, nous explique leur commandant, une expédition punitive pour l'honneur des honnêtes patriotes mort pour la folie d'un simple hérétique."

Le vieil homme a tiré sur sa pipe, puis il a soufflé. "Tu vois ça mon petit, c'est du brouillard. Sauf que le brouillard est gris-blanc, et pas bleu. Et qu'il est plus dense. Mais c'est presque pareil." L'enfant n'a pas bougé. Le vieux semblait danser à force de faire balancer sa rocking chair. Le mince filet de fumée qui s'extirpait du réservoir de sa pipe continuait d'amuser le petit. Dans la chambre d'à coté, deux femmes pleuraient en silence. Elles semblaient échouées sur les draps vert pâle du lit , et leurs sanglots brisaient le silence plusieurs fois par minutes, comme des battements sourds, comme une volée de pas craquant des flocons de neige pour une marche hivernale. Le vieil homme semblait fatigué. L'enfant osait à peine respirer, à genoux, stoïque devant son grand-père, les yeux écarquillés. La fumée continuait de filer. Une des deux femmes a rabattu un bout de couverture sur ses seins nu. Elle écumait de rage, de moins en moins capable de se reprendre. L'autre femme, assise et à moitié caché par la couverture, balayait le vide de son regard. Comme absente, elle fixait un point précis sur les murs blancs de la chambre à coucher, ou peut-être contemplait-elle la vue offerte par la fenêtre. La tête s'est baissée et la femme a fixée son entre-jambe, pensive. (Nous sommes lascives, pensa-t-elle, non sans fierté.)

Vu dans un journal clandestin de France, "Mouton noir" : Sourires déconfits en Bretagne,  où l'on vient de découvrir les restes de trois touristes dans un des blockhaus récemment réemployés. On porte spontanément les soupçons sur la Police Suprême de l'Empire Franco-Belge, suspecté depuis longue date d'abus en tous genres. Démenti absolu du porte-parole du Ministre de la Bonne Justice : "les sévices relevés sur les corps des victimes innocentent nos officiers, car seul des maniaques auraient pu procéder à de tels horreurs. Mais devant la carence nette de délicatesse des attaques de notre prétendue presse, nous avons décidés avec Monseigneur Le Très Vénérable Empereur de supprimer toute organe journalistique. Cela vous apprendra à manier le jugement pondéré."

Max s'emmerde seul dans la cuisine, en caleçon et chaussettes, à trouver le courage nécessaire au sommeil dans un pack de douze, désormais sévèrement attaqué.
"-Caro, tu fous quoi depuis 'taleur ? Ca fait trois heures que je t'entends plus jacasser, tu dors hein ?"
-Nan, je lis.
-Ah parce que tu sais lire maintenant ! Et tu lis quoi d'abord ?
-Les amours jaunes de Tristan Corbière.
-De la poésie ! Vas-y, tu lis de la poésie maintenant ? De mes bouquins de poème ? C'est bien ça ? Tu lis MA poésie ? Ta cru qu'une cohabitation du lit incluait un partage de culture ? T'es complètement fêlée ma parole ! Allez, dis-le. C'est une provocation ? T'es en chaleur ? Le chat te suffit plus ? Tu veux de la vraie virilité hein... Tu t'échauffes avec de la poésie ? Vraiment ? Tu t'excites avec le bout des pages, hein, vicelarde, salope...
-Oh mais ta gueule.
"
Max reporte son attention sur la bière.

Quand Monsieur Lassuie entreprend des plaintes contre les tagueurs obstinés qui sévissent dans son quartier, le poste accuse d'un manque flagrant de professionnalisme. Soi-disant "trop occupés" par "des problèmes d'envergure autrement plus considérables", on lui refuse la moindre aide. Ainsi doit-il assumer quand il rentre l'air contrit de ses voisins... qui voient en lui une sorte de surhomme juridique du fait de son emploi dans un syndicat pendant de longues années. Alors, comme chaque semaine, toute la troupe retrousse ses manches : ensemble ils plantent la seringue hebdomadaire d'héroïne frelaté que leur fournit Le Parti de Résistance Citoyenne. La substance oblitère petit à petit même les inscriptions fluos des graffitis importuns : un "A" jaune dans un cercle, contourné par des étoiles rouge vives, jouxtant une gigantesque croix chrétienne violacée. Plus bas, quelques croix gammées d'un bleu éclatant cohabitent avec des faucilles-et-marteaux crème. Le logo Nike est vert, le Peace & Love est simplement noir. Un drapeau tricolore blanc-blanc-blanc, baveux, domine ces hordes de symboles. Le concierge du lotissement sali s'aventure parmi les junkies qui, enfiévrés, se ruent sur lui comme une légion de morts-vivants, partageant ensemble ce repas frugal. S'ensuivront un viol du cadavre, puis son immolation, puis un nouvel exercice sexuel, puis un autre feu, puis les symboles flattés par le feu irradieront de bienveillance solennelle sur les affres du monde entier, et l'on oubliera le lendemain ce que fut la veille.

Fébrile, l'ironie du soldat a déserté sa vaillance réputée imprenable. Seul, dans l'immensité aride du désert de Gobi, pris au piège par des sagouins pédérastes apatrides, il ne peut plus que prier pour son Salut. Il tente de reproduire un geste archaïque, que ses parents lui imposaient quand il était encore ce bambin blond et grassouillet. Le geste de croix. Combien de temps le séparait de son apprentissage des traditions messianiques ? Merde, les gestes dessinent une croix, cela est sûr, mais dans quel ordre la faire ? Bas-haut-gauche-droite ? Haut-bas-droite-gauche... Haut-bas, ça il en est convaincu... mais après ? Furie d'explosions au nord d'une dune gelée par des siècles de froid. Une autre faction rebelle détourne l'attention de ses ennemis, et le soldat décide de courir, courir loin des fous, des tueurs d'enfants, des cons, des professeurs, de l'ordre et de l'honneur, dans une petite retraite appelé la conscience, dans la première cache sûre qu'il trouvera où se retrouver lui-même, loin du bruit.

Tom éteint la télé, dis au revoir à sa maman et file se chercher une glace. Chocolat-fraise. Un petit garçon de rue le fixe, l'air à la fois implorant et résigné. Tom, irrité de tant d'attention, récolte dans sa paume un peu de gravier, et le lance aux yeux de son nouvel ennemi. Qui pleure, puis appelle sa maman qui n'existe pas. "Petit con", pense Tom. Il étale sa langue rubiconde sur sa glace bicéphale, puis recrache aussitôt, toussote, s'alarme. "AU SECOUR MAMAN JE VAIS MOURIR !" Un peu de gravier avait échoué sur l'objet de sa gourmandise. Rasséréné, il prévoit d'exterminer un jour tous les gitans miséreux qui pourrissent la vie des riches jusqu'à leurs palais.

En rentrant des cours, Josh songe à la fille qu'il pourrait inviter au bal de fin d'année. Ses critères sont simples : il faut qu'elle soit bonne et apte à baiser, avec un minimum de classe dans la tenue, et un brin de richesse étalée. "Ha ha ! du gâteau." A quelques mètres de lui, Peter réfléchit à la même question. Ses critères sont simples : il faut qu'elle soit de la même espèce que lui. Comme un écho à sa pensée morne, il encaisse un violent coup de pied au coccyx. Réminiscences aiguës de sa coxalgie de jadis, imagination fondue d'une possible ankylose pour demain. Il laisse quelques larmes saler le béton, qui n'a pas grand-chose à foutre du malheur d'autrui. Josh y va de son rire tonitruant, rapidement relayé par un gang de nanas généreuse en matière fraiche et peu regardante sur l'intellect. Son ego s'en voit gonflé pour la soirée entière, qu'il passe au stade voir un match de football américain, finale d'un tournoi interscolaire. Une douleur à la jambe l'empêche de jouer quaterback : il passera donc vraisemblablement le match à bombarder des Peter de cacahuètes. Conclusion naturelle pour une journée aussi morne que celle-ci.

Daniel admire un autodafé au cœur de la banlieue Dublinoise. Le gouvernement a entreprit de sauver les âmes pures issues de leur génie social. Génie insalubre juge-t-on, tant que subsisteront à la portée du citoyen lambda des "échantillons de souillure avérée" tel que la littérature pornographique ou "n'importe quoi qui puisse outrager les mœurs respectables". Sont disposés ainsi deux piles, bien distinctes par une file de policiers armés, de bouquins. Le premier, ridicule, condense l'ensemble de la littérature "ayant pour fin une masturbation de son lecteur", tandis que le second rassemble à peu près tous les autres livres. Après un début pénible, contrarié par quelques averses, le feu s'est propagé comme il se doit, et deux flammes immenses consument quantité de choses dérisoires, comme l'Histoire, ou la culture. Daniel éructe un fédérateur "VIVE LA LIBERTÉ !" largement repris par ses concitoyens. Juchant en haut d'un toit de commerçant, il jouit d'une vue imprenable sur la purge de maux, tout en évitant la fumée. "Je suis Néron, je contemple Rome brûler. Manquerait plus qu'un bon vin." Un arc-en-ciel vient auréoler d'une grâce quasi-divine les agissements crypto-fascistes du jour. Le soleil pare Dublin d'une majesté nouvelle ; la poisse dégoutante des égouts s'est changée en une rivière pure, si bénie qu'elle nettoie même la vaste tuyauterie de la capitale (mais on ne s'en aperçoit pas pour l'heure.) Des changements plus visibles se manifestent également en surface : des fleurs poussent entre les pavés, de toutes les espèces du monde : un baobab domine le balcon d'une vieille bourgeoise, moche et vieille et lubrique. Les nuages engendrés par l'autodafé se teintent de rose, puis de vert émeraude. Des étoiles se dessinent, incandescentes, en plein jour ; le raisin fermente en un crû fabuleux, derechef. Des ailes poussent au dos de tous les citoyens (même les noirs, qui de toutes manières viennent de blanchir.) Les églises, puis la mairie, ouvrent leurs lourdes portes, laissant échapper une profusion de lumière chaude et blanche. Ébahis, les habitants en perdent leur langage, car ils savent désormais la futilité des mots et des lettres. Le président verse des larmes (de miel), subjugué par l'émotion. La candeur unit toute une nation ; et une partouze commence, sous une ondée rafraichissante de vin, éjectée des nuages dorées du ciel.

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dimanche 5 octobre 2008

Pour my twin GA, un petit échantillon des cadeaux que m'offre le désœuvrement :

-Ouais, salut. Ça va ? Ça va ouais, tranquille, un peu crevé. Ouais, tu sais ce que c'est, le boulot. Ça te laisse pas une seule soirée tranquille. Faut profiter là, ha ha. Ouais j'ai déjà bouffé. Ouais, chez l'indien, ouais. J'y finis tout le temps, sans trop savoir pourquoi. Je suppose que ça me convient ha ha. Merci pour la bière. A la tienne aussi.

Elle est pas là ta meuf ? Michelle c'est ça ? Ouais, aperçus hier à Intermarché. Rayon lingerie ha ha. Bien bien. Tu as le flair pour ces choses là, on peut pas te le retirer. Moi les amours ? Point mort mec. Ma régulière m'a lâché y a deux semaines. Pour un fils de pute de cadre commercial. Ouais, tu vois le plan foireux, costard taillé impecc', chaussures cirées italiennes et tout le bordel, 12 ans d'ainesse minimum et une Mercedes. Transition dans les règles : j'suis rentré du taff jeudi soir... Non, vendredi. Plus aucun meubles. Même la table basse en fer forgé Ikéa que j'adorais elle me l'a soufflée. Ouais, je lui en veux à mort, mais c'était prévisible, tu la connais, Maria et ses belles jambes des horizons azurs. Ouais la bière me rend poète, ha ha. Vaut mieux en rire ouais.
Le boulot, ouais, toujours pareil. J'suis arrivé en retard hier et depuis le boss veut que je lave la cuisine aussi. Déjà que ce putain d'escalier me tue à chaque fois. Putain d'escalier et ses 23 marches. J'vais finir vieux bossu malpropre à force de me tenir toute la journée courbé sur ce carrelage à la con. Pourquoi j'ai accepté ce job je me le demande aussi, ouais. Enfin avec ce que j'ai dans le tonneau, je peux pas me permettre grand-chose d'autre. Tu te rappelles, quand je t'ai rencontré chez H&M, j'étais éboueur à l'époque. Tu parles d'une étape. Mais je préfère laver les sols des fast-foods plutôt que les rues, au moins y a pas de déjections de chien, même si le silence et la paix du matin sont agréables, quoi que difficilement conciliable avec des sorties nocturnes et douloureusement introspectives... Je vois des sales têtes en permanence là où je traine, c'est lourd, mais lourd.
Ouais, toi t'as pas ce problème. Rentier au XXIème siècle, quel anachronisme violent. Putain, je repense à Maria, cette pute. Elle me manque je crois. Comment on peut détester l'humanité et en même temps la solitude ? Parce qu'elle nous tombe dessus et qu'on aurait voulu la choisir ? Parce que ma main est trop fatigué le soir de s'être excité sur un balais pour en vouloir un nouveau ? Quel paradoxe. Il me faudrait peut-être un paradigme pour vivre. Je m'ennuie d'être régi par des occupations seules. Tu vois ce que je veux dire ? Se distraire de ses distractions, et atteindre le niveau supérieur. Putain, elle me manque.
En même temps, j'ai écris un petit machin-chose hier, je brodais des haïkus pour oublier ce qui me plombait et j'ai rédigé ça, attends il est dans ma poche, voilà, tiens. Attends, tout compte fait je vais te le lire. Alors : "Les dragueurs irrémédiables ont bien du courage : se taper à l'infini les mêmes rites, échange de lieux communs, feinte de l'intérêt suscité, pour toujours les mêmes trophées, aux contours pareillement limités, la déception et le repli sur soi avant que tout ne recommence. Les couples qui durent ont bien du courage : encaisser sans cesse les mêmes choses, un quotidien fermé aux mesures d'un lit, thème musical linéaire et atréatif aux subtiles variations qui ne bercent pas longtemps de candeur. Les solitaires ont bien du courage : voir sa gueule sale et pourrissante tous les jours jusqu'au dernier, jusqu'à la mort et l'oubli." Artificiel, hein ? C'est le reflet d'une humeur précise, mais ça faisait du bien. Je vais écrire un bouquin je pense. Ça pourrait être une thérapie. Ou peut-être juste de la thune. Je pourrai avoir des fans, et ils m'écouteraient parler. J'existerai, je pense.

Bon il se fait tard. je dois y aller. Merci de l'invit' mec, sympa. Fais la bise à Michelle de ma part. Ouais, merci. Oui, oui, je peux rentrer tout seul, c'est bon. Allez, à plus. Oh ? Pourquoi tu réponds pas ? Tu pourrai être poli au moins. Allez ! On fera jamais de toi un bon civilisé. Mannequin à la con.

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samedi 30 août 2008

Détend le silence, qu'on l'entende mieux résonner.

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dimanche 6 juillet 2008

Chômage de l'allégresse

    J'me suis réveillé tremblard, peut-être pas vraiment réveillé en fait, je ne sais pas si j'ai dormis en vérité... J'étouffe, au creux de mes draps, dix centaines de petits cataclysmes, légers, évanescent, qui tendent leurs toiles tout autour de mon antre... Des trappes, où tomber avec son ennui. Dehors, il pleut. Le sort du monde m'indiffère. Demain, mes voisins mourront. Après-demain, ils pourriront dans un caveau. Moi aussi je serai un repaire d'insectes un jour, quelques mètres sous la terre. La pluie bat la cadence des milliers de chutes de mon bonheur. Des flaques ! Mon essence fuit comme si j'étais déjà, moi aussi, bagnole en misère... Et tremblements...
La musique ne s'arrête pas de retentir, de se fourvoyer en échos, de languir encore avec la lueur des lampes mais la danse s'est arrêtée. Je n'ai plus le cœur de donner vie à l'objet inanimé, il n'y a pas de bohème, de poésie à siffler entre ces décombres. Je pourrai, moi, hurler ma révolte, figer une gerbe de sang sous les battements d'un ciel éventré de fuites. Je me tais, je sais qu'il n'y a rien à gagner.
Les vacances, c'est la passagereté d'un pays à un autre, mais en un vol plombé, sur des ailes alourdis, comme gorgé de plombs. On bat de l'aile. On caresse un sol stérile, une poudre grisâtre, poussières, fêlures dans les roches ! C'est le tarif minimum pour qui est usé des fleurs en plastique des plages du Pacifique. Désœuvrement dans le luxe, repli dans sa médiocrité, le parallèle est aisé.
Je situe plus vraiment où la misère a pris le pas sur la petite excitation tenace qui s'est vite rendormis. Année finis, travail accomplis, maintenant, repos ! Mirage.
J'ai choisis ma peine, la seule dépendance que j'ai jamais renié, celle lyrique, d'une forme d'amour fusionnelle, entière, dont le sevrage est impossible sans d'homériques sacrifices. Voilà le calvaire, ce manque viscéral, l'obsession de nuits entières, et le début de la fin.
Ma chambre ne chante plus. Les silences n'accompagnent pas des extraits d'extases, ponctuels, comme les recharges d'une machinerie de la joie. Les murs, bleuies, demeurent muet. Je passe au travers des meubles étranglés dans une atonie inextinguible. Je fixe ces totems amorphe, les trophées d'une vie qui semble loin, ternie. Ils se taisent pour mieux revenir, trahir de faux espoirs, de promesses vaines, de distractions anodines. On ne suspecte pas toute la cruauté de son mobilier. On vit sur le confort, on en meurt. Brasser du néant, c'est la marche solitaire d'un mec égaré, jusqu'au terme du cul-de-sac. Se heurter à son miroir ternie par les jours au ralenti.
La vie version slowmotion, des instants en replay, où l'on est spectateur plus qu'acteur, ce foutu coma du réel.

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lundi 2 juin 2008

Le monde est un bordel et les gens sont fous

    C'est le genre de visions qui me prend généralement quand je marche tôt le matin entre les blocs de ciments immenses, les panneaux d'acier divers, les flashs verts dispersés ci-et-là, et les carcasses hurlantes à la mort qui filent autour de moi, pendant que j'emporte vers moi un peu de sérénité providentielle dans mes écouteurs.
Je me reconsidère, particule infirme brassé par une machine qui s'emballe depuis des milliers d'années, je pense au temps qui passe et ne change rien, à la chose éphémère que je suis, foutu lépidoptère qu'on empale après l'avoir capturé. On est tous Christique au fond. Je vois l'Homme comme ça, figé à la naissance par le pieu d'une condition sur laquelle il n'a plus aucune influence, juste la possibilité de battre des ailes dans le vide jusqu'à crever de fatigue. On s'y fait.
En ruminant ça chaque matin je me conduis quand même en me disant que la flamme brille toujours, malgré tout. Prendre la vie comme une lutte, même vaine, aide un peu l'âme quand même. Pour se butter aux autres, inlassablement, voilà comment le papillon essaye de s'envoler.
Alors il faut composer avec les crises de lucidité, ces points de douleur, l'amer de l'acide gastrique remontant en trombe dans sa gorge devant l'horreur du doute, quand la vérité fait suffoquer, mais pourtant on ne s'arrête pas. On continue de se battre, de ravaler ses larmes, de prendre note de ses erreurs en même temps que celle des autres, on alimente l'affliction, la haine tenace. Et le monde continue de tourner, et, on continue de le suivre, au risque de se perdre avec lui dans la folie quotidienne.
C'est ce que je ruminais quand un véhicule urbain du genre camion a surgi sans crier gare et m'a frolé. Puis il m'a gratifié d'un coup d'avertisseur et d'un signe de main peu poli. C'était passé si vite. Une affaire d'une seconde.
Tout était à refaire.

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mercredi 28 mai 2008

Texte sans idées, sans buts, sans rien. Texte quand même.

Ca fait trois heures que j'écoute du black metal.
J'ai "mal à la vie", je crois.
J'ai pas vraiment dormis. Du coup, je me suis pas vraiment réveillé.
Je sais pas trop.
Si j'avais eu le talent de Baudelaire, j'aurai écrit des trucs sympa sur ma condition humaine.
Parce que là je me sens un peu comme "l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis".
Un truc dans ce goût là.
J'ai lu des trucs salaces en feuilletant Mort à crédit de L.F. Céline. Des histoires intemporelles, ça j'en suis sûr.
J'ai envie d'écrire mais l'inspiration ne vient pas vraiment. Depuis trois semaines j'étale mes humeurs sur une vingtaine de Ko. par jours. C'est moins classe que de dire qu'on écrit cinq pages par jour. Je suis peut-être né trop tard.
Qui sait.
Il y a des moments où je suis tenté de croire que j'en fais un peu trop pour pas grand-chose. C'est (probablement) cruellement vrai. Mais canalblog est pas regardant sur la pertinence de mes propos. Donc j'en profite.
J'ai des pensées confuses sur le BAC, la POLITIQUE, le SEXE et la DROGUE. Parfois j'ai l'impression que mes réflexions progressent. Mais ça se trouve, elles régressent. On va trancher : je dirai qu'elles s'engraissent.
Remarquer, ça pourrait être pire. Je pourrai ne plus penser du tout. Peut-être que ce serait mieux remarque. Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas...
Putain comprend le !
On est bien d'accord ?
J'ai buté sur une image, assez peu mémorable pourtant, hier alors que j'errai sur la toile, comme d'hab'. C'était un paysage de forêt. En a t-on jamais assez de ces images de Nature ? Je sais pas non plus, à force d'en voir ci-et-là, parce que les gens doivent les aimer au fond, je ne sais plus ce que j'en pense. Mais elle, elle s'est détachée de ses congénères. Elle avait la classe, car on sentait la MELANCOLIE de son photographe. Le mec avait su capturer le reflet de son humeur au gré d'une ballade dans un parc sûrement bien retaillé par des hommes quelconque (on traque les espaces verts comme la vie urbaine chasse l'espoir chaque jours) et il a trouvé son petit espace vital. Une voûte de branches, de feuilles et d'arbres frémissant sous un petit vent chant d'été, a warm place comme on s'imagine le dedans du ventre de sa mère. On pouvait PALPER le sentiment de NOSTALGIE qui habitait le photographe quand il a voulu immortaliser ce petit bout de Monde. Et ça m'a assez ému.
Après c'est qu'une photo, et peut-être que j'interprète comme un con en suivant mes propres fantasmes, hein. De toutes manières, j'arrive pas à la retrouver. Tout est pas trop mal qui finit pas trop mal.
J'ai quelques idées pour ce foutu blog, une nouvelle catégorie d'articles qui devrait avoir un intérêt autre que purement littéraire (et donc nul). Mais là j'ai trop la flemme, et je sais pas comment entamer. La nouveauté me fait toujours un peu peur, j'aime pas les premières fois, j'aime pas être dans l'INSECURITE, j'ai besoin d'un GUIDE. Sinon je déambule et j'écris des trucs encore plus avariés qu'à l'accoutumée. Voilà pour excuser ce collage hasardeux, qui retransmet pourtant de façon honorable les méandres de ma pensée. Qui reste vaine, je le consent bien.

 

"Mon esprit, tu te meus avec agilité,
  Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
  Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
  Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
  Va te purifier dans l'air supérieur,
  Et bois, comme une pure et divine liqueur,
  Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
  Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
  Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
  S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;"

Peut-être un jour...

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