BLACK OUT DE NUITS SANS RÊVES

souvenirs sur presque rien - un blog fait par un mec qui aime pas les blogs. Ah ben bravo.

dimanche 18 mai 2008

Belürol Pusztít 2

Ploc ploc. Des gouttes d'eau chutent à intervalles réguliers, troublant le silence. Le silence pesant qui a tout avalé. Seule une personne demeure encore ici, mais pour combien de temps ?

Ploc ploc, le temps passe, inexorablement. L'homme ici, a perdus cette notion. Seule compte désormais le bruit de l'eau qui chute du plafond humide jusqu'aux dalles que des années d'oublie ont noircis.

Ploc ploc, avec le temps, tout passe. De cette scène, il ne restera rien. L'homme le sait et il en tremble. Il sait que l'écoulement du temps est perturbé et puis il y a ce silence, ce vide, qui ne dit rien et laisse planer l'opprobre sur lui, pauvre martyr.

Ploc ploc, plus de secondes, plus de minutes et plus d'heure. L'obscurité et le silence pervertissent toutes ces valeurs, et plus rien n'a de sens alors.

Ploc ploc, et l'eau continue de tomber. La cadence infernale pense notre prisonnier, s'accélère. Il n'en est pas sûr, mais il ne peut cesser de penser à ce rythme. Toute son attention est focalisée sur cet enchaînement de sons. Avec regrets, il prend conscience qu'il ne peut plus s'en détacher maintenant.

Ploc ploc, ces yeux, habitués maintenant à la pénombre scrute ce qui l'entoure. Tout n'est que tas de pierres envahis par la mousse, tout n'est que fer rouillé, tout n'est que sang coagulé, et tout est noir, et tout est mort.

Ploc ploc, cette fois il en est sûr, ça s'accélère. Mais son instinct le trompe et son esprit vacille quand l'odeur insoutenable émanant du cadavre mutilé de celui qui le précédé lui monte au nez, tandis que tout ses sens s'y perdent.

Ploc ploc, il n'en peut plus. Soudain il hurle, il hurle pour faire taire l'humidité débordante, pour submerger ce silence trop étouffant, il hurle pour évacuer sa douleur. Sa nervosité est à son comble, ses yeux révulsés, son souffle, haletant, son nez, coulant.

Ploc ploc, et il est là, abandonné. Résigné, il se laisse abattre par la folie qui l'entoure, et c'est avec sa propre langue qu'il s'étouffe. Dans un dernier râle, il s'éteint.

Ploc ploc, un de plus, un de moins, quelle différence ? Ignorant ces tourments, le temps passe et efface tout. Les rats feront leur repas de son corps gisant et la vie continuera.

Ploc ploc, les gouttes s'amoncellent, et ainsi pousse la roue à tourner. Le moulin accélère, et fait son oeuvre. Le cycle s'achève et recommence, le passage infini du temps.

La roue de l'Histoire broie toujours quelques martyrs.

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Belürol Pusztít 1

Très vieux texte, parmi les premiers que j'ai brossé, avec celui qui suit. Je le met ici pour sa valeur, disons, d'archive, et pour ma petite nostalgie à moi, tiens.


Il marchait contre le vent et dansait sous la pluie. Seul au milieu de la foule, il semblait absent souvent. Le regard vague, il souriait timidement. Parfois il riait. Le coup des nerfs. Son rire sonnait comme un aveu de son malaise, comme un regret déguisé. Seul au milieu de la foule, il semblait pris dans ses pensées. Il traversait la foule, la fendait. Avec légèreté il poursuivait sa route. Où allait-il, et pourquoi ? Quel but poursuivait-il ? Il ne répondait jamais, éludait la question par un silence ou par une banalité, puis on faisait comme si de rien n'était. Il avait l'air tellement triste, si seul et si perdus... et pourtant, lui se désignait comme serein. Résigné, il composait avec l'incompréhension qu'il suscitait, s'en amusait. Il se manifestait rarement, par pudeur ou timidité, par l'angoisse peut-être de dérouter plus encore. Que voulait-il après tout, si ce n'est la paix ? Il était jeune alors.

La solitude était sa plus grande compagne, elle l'escortait si souvent le soir, quand, assoiffé de calme il rejoignait la rue et y vagabondait. Elle le consolait, il l'avait tellement fréquenté. Entre eux pas de secrets ni de silence, pas de regrets ni de divergence, une harmonie se tissait, nouant les deux entités, le garçon-fée et son alter ego. Leur union était si forte, si lumineuse... le mariage du feu et du feu, du blanc et du blanc, la sublimation de toute relation. Lui et sa solitude personnifié, lui et son ombre, eux-deux contre le monde, le monde si ingrat, si sclérosé, si branlant, si hypocrite, si grand et si désuni qu'il leur inspirait horreur.

On ne s'habitue jamais à l'horreur, on la subit, que cela fasse une semaine, un mois, un an, une éternité qu'on y est confronté. On ne peut jamais la regarder droit dans les yeux, la pénétrer et la défier, on ne peut que y succomber, s'y résigner, s'y abandonner et finalement, s'y complaire. Il se disait souvent cela, lui. Particule égoïste, égocentrique, si jalouse du bonheur environnant, tellement frustrée de sa condition d'homme, de la perte de son enfance insouciante et déjà trop violemment égaré dans la nuit de l'existence souillé qu'était la sienne. Nulle part il ne trouvait de réel réconfort. L'amour le chassait, et de toutes façons, il n'en voulait pas. Il était selon lui bien trop dangereux de s'y frotter, et lui préférait la haine, celle qui indicible, ne recule jamais devant rien. Il en avait besoin pour pallier sa faiblesse passive et mettre en marche son plan vengeur.

La vie le débectait. Il ne lui connaissait aucun équivalent en horreur, et l'estimait comme le plus grand gâchis de cette Nature qu'il aimait tant. Il la vomissait chaque jour, blasé de cette vie qu'il ne connaissait pas encore et qu'il sentait égale à l'actuelle. Seul chez lui, personne ne savait ce qu'il faisait, encore moins qu'il s'attelait à mettre en place un plan dément, qu'il fomentait une conspiration destructrice contre la vie.

Les années avaient passés, ces compagnons de jeux ne le reconnaissaient plus. L'enfant réservé et rêveur, si innocent et gentil n'était plus que l'ombre de lui-même. A ne côtoyer personne, il s'était fait l'ami de la nuit et l'ennemi de tous. Le temps avait enterré en lui au fil de son écoulement toute joie et espoir. Les sourires gênés avait mué en une moue qu'il ne quittait plus, ses yeux brillants qui jadis voyait la beauté même dans le plus gris des nuages s'étaient éteints. Il était fané. Ses derniers amis l'ont abandonnés petit à petit, à moins qu'il ne se soit exilé tout seul. Sa famille, il l'a oublié.

Un jour, lassé de son ennui et de son insatisfaction, rattrapé par sa lâcheté, il nous a quitté, abandonnant ses projets malsains. Le garçon-fée et sa solitude se sont évanouis dans la nuit, cette nuit qu'ils aimaient tant, ces ténèbres qu'ils tenaient comme seul lieu de recueillement. Simple retour aux sources, il faut croire que certaines personnes ne sont pas faites pour la vie.

Posté par slowmotion à 20:45 - vieilles affaires - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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